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Tribune

Augmentation de la fiscalité locale : l’aveu d’un déséquilibre caché sous le tapis

Par Maître Alexandre-Guillaume Tollinchi, Avocat à la Cour, Conseiller municipal (UDR) d’AJACCIO
L’augmentation annoncée de la taxe foncière à Ajaccio ne saurait être présentée comme une mesure neutre ou simplement technique. Elle constitue, en réalité, un tournant politique majeur, dont les conséquences concrètes pour les Ajacciens seront immédiates et durables.
Car derrière les équilibres budgétaires se trouvent des vies quotidiennes. Une hausse de la taxe foncière, c’est une charge supplémentaire pour les familles, pour les retraités, pour les classes moyennes déjà sous tension. C’est aussi, mécaniquement, une pression accrue sur les loyers, donc sur le pouvoir d’achat. C’est enfin un signal négatif pour l’investissement et l’attractivité économique de la ville.
En droit, les collectivités territoriales sont tenues à une double exigence : l’équilibre réel des comptes et la sincérité des prévisions. Mais ces principes n’autorisent pas à faire de l’impôt une variable d’ajustement. Ils imposent, au contraire, une discipline de gestion et une anticipation constante.
Or, les éléments financiers disponibles traduisent une trajectoire sous tension. La dette dépasse aujourd’hui 113 millions d’euros, inscrivant durablement la Ville dans un cycle d’endettement élevé . La programmation des investissements fait apparaître des engagements lourds, parfois accompagnés de surcoûts significatifs. Et les équilibres de fonctionnement sont fragilisés par une progression des dépenses plus rapide que celle des recettes.
À cela s’ajoute une réalité plus large : celle d’un système financier local étendu — budgets annexes, régies, sociétés publiques locales, intercommunalité — dont les fragilités cumulées, y compris celles de la CAPA, exercent une pression diffuse mais bien réelle sur le contribuable.
La question posée est dès lors simple : a-t-on tout fait pour éviter d’en arriver là ?
La réponse est non.
Car cette situation n’est pas née d’une surprise ou d’un choc imprévisible. Elle avait été identifiée, documentée, et même anticipée. Il y a près de cinq ans, un cabinet spécialisé avait alerté sur la baisse structurelle des dotations et sur ses conséquences inéluctables pour les finances locales.
Face à cet avertissement, deux voies étaient possibles : adapter la trajectoire, maîtriser les engagements, hiérarchiser les priorités — ou bien poursuivre, au risque d’aggraver les déséquilibres.
C’est malheureusement la seconde option qui a été retenue. Non seulement la trajectoire n’a pas été corrigée, mais elle a été prolongée — parfois même accélérée — comme si les contraintes annoncées pouvaient être différées indéfiniment.
Dans ce contexte, le recours à l’impôt n’apparaît pas comme un choix, mais comme l’aboutissement d’une suite de décisions.
Et c’est précisément ce que je conteste.
Car une fiscalité plus lourde n’est jamais anodine. Elle traduit toujours une insuffisance de maîtrise ou un défaut d’anticipation. Elle doit donc rester l’ultime recours, et non devenir un mécanisme de correction.
Il appartient désormais au débat public de retrouver une exigence simple : celle de la vérité budgétaire. Dire les contraintes lorsqu’elles apparaissent, assumer les choix lorsqu’ils engagent l’avenir, et ne pas reporter sur les contribuables les conséquences de décisions qui auraient pu être infléchies.
Car en matière de finances locales, l’impôt ne peut être ni un réflexe, ni un confort. Il doit rester une exception, strictement justifiée.
À défaut, il devient ce qu’il ne devrait jamais être : le prix payé par les Ajacciens d’un déséquilibre qu’ils n’ont pas choisi.

Augmentation de la fiscalité locale : l’aveu d’un déséquilibre caché sous le tapis