Bâtir sans trahir : pour une défense juste du monde du bâtiment à Ajaccio

À Ajaccio, il est une vérité que trop de discours oublient : sans le monde du bâtiment, il n’y a pas de politique de logement. Il n’y a pas de toits pour nos familles, pas d’avenir pour nos enfants, pas de vie digne pour ceux qui travaillent ici.

Derrière chaque chantier, il y a des hommes. Des maçons, des électriciens, des artisans, des chefs d’entreprise. Des pères, des mères, des familles entières qui vivent de ce travail. Un monde souvent discret, rarement mis à l’honneur, mais essentiel. Un monde qui se lève tôt, qui affronte les contraintes, qui construit concrètement ce que d’autres ne font que promettre.

Et pourtant, ce monde est aujourd’hui montré du doigt.

On lui reproche le béton. On lui reproche les formes urbaines héritées du passé. On lui reproche des erreurs qui ne sont pas les siennes.

Je le dis avec clarté : les entreprises du bâtiment ne sont pas responsables de l’urbanisme des années 60 et 70. Elles n’ont fait qu’exécuter des choix politiques. Les barres, les ensembles sans âme, les ruptures avec nos paysages — tout cela a été décidé ailleurs, dans des bureaux, par des visions technocratiques qui ont trop souvent ignoré l’identité des territoires.

Les responsables, ce sont les politiques de l’époque. Et parfois, leurs héritiers d’aujourd’hui.

Il est trop facile de condamner ceux qui construisent, quand on a soi-même décidé ce qu’ils devaient bâtir.

Moi, je refuse cette injustice.

Je suis opposé au tout-béton. Je suis opposé à un urbanisme qui écrase les âmes, qui défigure les paysages, qui oublie l’histoire et l’harmonie de nos villes. Ajaccio mérite mieux que des copier-coller venus d’ailleurs. Elle mérite un urbanisme qui respecte sa lumière, ses lignes, son équilibre entre mer et montagne.

Mais cette exigence ne doit jamais se transformer en accusation contre ceux qui travaillent.

Car les entreprises du bâtiment sont des forces vives. Elles s’adaptent. Elles innovent. Elles savent construire autrement — dès lors qu’on leur en donne la vision et les moyens.

Le véritable enjeu est là : redonner une direction politique claire.

Nous avons besoin d’un urbanisme enraciné. D’un urbanisme qui privilégie la qualité à la quantité. Qui valorise les matériaux nobles, les formes humaines, l’intégration dans le paysage. Qui respecte les quartiers, les villages, les équilibres anciens.

Un urbanisme qui ne renie pas le progrès, mais qui refuse la brutalité.

Et pour cela, nous devons travailler avec le monde du bâtiment, pas contre lui.

Nous devons le soutenir, le structurer, le sécuriser. Car sans lui, aucune politique du logement n’est possible. Sans lui, les prix explosent, les projets s’arrêtent, les familles attendent.

Défendre le bâtiment, ce n’est pas défendre le béton. C’est défendre le travail. C’est défendre la dignité. C’est défendre la possibilité, pour chacun, de vivre et de se loger sur sa terre.

Ajaccio ne se construira pas contre ses bâtisseurs. Elle se construira avec eux.

À condition, cette fois, que la politique assume ses responsabilités.

À condition qu’elle cesse d’imposer sans écouter.

À condition qu’elle trace enfin un cap digne de ce que nous sommes.

Bâtir, oui. Mais bâtir juste. Bâtir beau. Bâtir durable.

Et surtout, ne plus jamais faire porter aux ouvriers les fautes de ceux qui décident.

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Maître Alexandre-Guillaume Tollinchi

Bâtir, c’est choisir de loger les nôtres