Ajaccio, mon amour

Ajaccio, mon amour. Ce n’est pas une formule. Ce n’est pas un slogan. C’est un lien. Une fidélité. Une promesse silencieuse que l’on porte en soi, comme une mémoire qui ne s’efface pas.

Ajaccio, c’est d’abord une lumière. Celle qui se pose le matin sur les façades anciennes, qui glisse sur les toits, qui éclaire les visages. Une lumière franche, sans détour, comme le caractère de ceux qui y vivent. Ici, rien n’est tout à fait tiède. Les joies sont pleines, les colères sont droites, les attachements sont profonds.

Ajaccio, c’est une ville qui respire encore. Une ville qui parle à ceux qui savent écouter. Dans ses rues, il y a des voix anciennes. Dans ses pierres, il y a des serments. Et dans ses silences, il y a parfois plus de vérité que dans bien des discours.

Je l’aime pour ce qu’elle est. Pas pour ce que certains voudraient en faire. Je l’aime avec ses contradictions, ses blessures, ses grandeurs. Je l’aime quand elle doute, autant que lorsqu’elle s’élève. Car aimer une ville, ce n’est pas la rêver abstraitement. C’est la servir concrètement.

Ajaccio n’est pas un décor. Ce n’est pas une carte postale figée. C’est une communauté vivante, faite de familles, de travailleurs, de jeunes qui cherchent leur place, d’anciens qui transmettent sans bruit. C’est un peuple à échelle humaine, qui demande simplement qu’on le respecte et qu’on le défende.

Mais Ajaccio, aujourd’hui, attend davantage. Elle attend qu’on la protège sans la figer. Qu’on la développe sans la trahir. Qu’on lui redonne confiance en elle-même.

Car une ville comme la nôtre ne peut pas être abandonnée aux logiques extérieures, à la spéculation internationale, aux décisions lointaines, aux intérêts passagers. Elle doit rester maîtresse de son destin. Elle doit choisir ce qu’elle devient, sans renier ce qu’elle est.

Je refuse que l’on oppose modernité et enracinement. Ajaccio peut être forte parce qu’elle est fidèle à elle-même. Elle peut avancer parce qu’elle sait d’où elle vient.

Ici, chaque quartier a une histoire. Chaque famille a une mémoire. Chaque enfant porte en lui une part de cette terre. Et c’est à nous, collectivement, de faire en sorte que cette chaîne ne se rompe pas.

Ajaccio, mon amour, ce n’est pas une nostalgie. C’est une responsabilité.

C’est vouloir des écoles où l’on transmet plus que des savoirs : une fierté, une langue, une manière d’être au monde.

C’est vouloir une ville où l’on peut travailler dignement, vivre sereinement, élever ses enfants sans crainte.

C’est vouloir que la solidarité ne soit pas un mot, mais une réalité vécue, entre voisins, entre générations.

C’est aussi refuser le renoncement. Refuser l’idée que tout serait déjà écrit. Refuser que notre ville devienne une simple étape pour d’autres, un lieu que l’on consomme sans jamais l’aimer.

Ajaccio mérite mieux. Elle mérite un projet à sa hauteur. Un projet qui ne triche pas, qui ne promet pas tout, mais qui tient ce qu’il dit.

Je crois profondément que notre ville peut redevenir un exemple. Non pas en copiant ailleurs, mais en assumant pleinement ce qu’elle est : une ville de caractère, de transmission, d’équilibre entre mer et montagne, entre passé et avenir.

Ajaccio, mon amour, c’est cela : un attachement qui oblige, une fidélité qui engage, et une espérance qui ne cède pas.

Et tant qu’il y aura des femmes et des hommes pour la regarder ainsi, non comme un simple lieu, mais comme une part d’eux-mêmes, alors Ajaccio ne déclinera pas. Elle continuera de se tenir droite, fière, et vivante.

Parce qu’au fond, une ville ne meurt jamais tant qu’on l’aime assez pour la servir.

Maître Alexandre-Guillaume Tollinchi

Ajaccio, mon amour