Langue corse : réaction à la polémique introduite par Jean-Michel Blanquer
Ancien ministre de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer déclenche aujourd’hui une polémique en Corse en qualifiant l’enseignement immersif de « système inconstitutionnel » et en évoquant des « ferments de séparatisme ».
Chacun connaît sa méthode : médiatiser à l’extrême, simplifier des sujets complexes et chercher à capter l’opinion publique sur des thèmes sensibles. Il ne faut pas lui offrir ce terrain. Il ne faut pas oublier non plus qu’il n’exerce plus de responsabilités publiques et n’engage aujourd’hui que lui-même.
Ces propos appellent une réponse sérieuse, pas une surenchère. Or, depuis ce matin, certains choisissent l’outrance, parlent de combat identitaire et opposent la Corse à la République, allant jusqu’à la menace déguisée du séparatisme, donnant ainsi corps aux accusations mêmes qu’ils dénoncent. Disons-le clairement : cette posture est une impasse. Elle affaiblit la cause qu’elle prétend défendre. À force de chercher le bruit, on finit par perdre le sens.
Je refuse toute logique de pression ou de condition. La Corse n’a pas à poser d’ultimatum à la France, pas plus que la France n’a à nier la Corse.
Je refuse également que ce débat dérive vers d’autres sujets. La langue corse mérite d’être défendue pour elle-même, sans amalgames ni confusions.
Voici ce que j’entends répondre à M. Blanquer.
Je veux simplement rappeler l’essentiel.
Défendre la langue corse, ce n’est pas mettre en cause la France. Défendre notre identité, ce n’est pas créer des fractures.
Oui, la langue corse est en danger. Oui, l’immersion est un outil efficace. Oui, certaines incohérences nationales doivent être corrigées. Mais non, la langue corse n’est pas une menace pour la République : elle en est une richesse. La transmettre n’est ni un acte de rupture ni une dérive, c’est une exigence de fidélité.
L’enseignement immersif doit être encadré, mais il ne peut être caricaturé ni assimilé à un quelconque séparatisme. La responsabilité politique consiste à tenir ensemble ce qui fait notre force : une langue constitutionnelle, le français, et des identités vivantes, enracinées, assumées. Opposer les deux, c’est se tromper de combat.
Nous ne cessons de le dire : dans une famille, on ne choisit pas entre son père et sa mère. Les Corses n’ont pas à choisir entre la France et la Corse. Ils sont Français d’abord et Corses avant tout.
Maître Alexandre-Guillaume TOLLINCHI (UDR)

